Des tiges creuses tachetées de rouge, de grandes feuilles en forme de cœur coupé net, des grappes de petites fleurs blanches en septembre : si ça pousse au fond de votre terrain, c'est probablement de la renouée du Japon. Elle ne s'éradique pas en un week-end. Mais elle se contrôle, à condition de ne surtout pas faire ce qui vient naturellement à l'esprit, c'est-à-dire la broyer.

La reconnaître sans se tromper

  • Les tiges : creuses, cassantes, avec des nœuds comme le bambou, vertes tachetées de rouge ou de violet. Elles montent à plus de deux mètres dans la saison.
  • Les feuilles : larges, alternes, la base coupée droite, disposées en zigzag le long de la tige.
  • Les fleurs : de petites grappes blanc crème, en septembre-octobre.
  • L'hiver : les tiges sèchent sur pied et restent debout, brunes, en massif serré. Au printemps, les pousses rouges repartent du même endroit.

Elle a deux cousines, la renouée de Sakhaline et leur hybride, la renouée de Bohême, qui se gèrent exactement de la même façon. On parle souvent des « renouées asiatiques » pour les désigner ensemble.

Pourquoi c'est un vrai problème ici

En Franche-Comté, le Conservatoire botanique la classe comme espèce envahissante majeure. Les renouées asiatiques sont connues dans plus de 800 communes de la région, surtout le long des rivières et des routes, et la moyenne vallée du Doubs comme celle du Dessoubre en sont largement colonisées.

Ce qui la rend si difficile, c'est sa façon de se propager : pas par les graines, mais par ses tiges souterraines, les rhizomes. Ils s'étendent sur plusieurs mètres autour du massif visible, et un fragment d'un centimètre peut reconstituer un massif entier. Chaque crue arrache des morceaux de berge et les dépose plus loin. Chaque camion de terre déplacée en emporte.

Là où elle s'installe, plus rien d'autre ne pousse : elle fait de l'ombre à tout le reste, les arbres ne se régénèrent plus, et sur une berge, ses tiges mortes forment des embâcles.

Les erreurs qui la propagent

La plupart des massifs qu'on voit dans les jardins sont arrivés ou ont grossi à cause d'une de ces quatre erreurs.

1. La broyer ou la passer au gyrobroyeur

C'est le réflexe, et c'est le pire. Le broyeur projette des centaines de fragments de tiges tout autour, et chacun peut reprendre racine. On transforme un massif en dix.

2. La mettre au compost

Un compost de jardin ne chauffe pas assez pour tuer les rhizomes. Vous les retrouverez vivants dans le massif où vous étalerez le compost l'année suivante.

3. Déplacer la terre

Une terre prise près d'un massif de renouée est contaminée, même si on n'y voit rien. Ne la réutilisez jamais ailleurs, et vérifiez la provenance de toute terre végétale que vous faites livrer.

4. Croire au désherbant

Ils sont interdits aux particuliers, et même quand ils étaient en vente, ils se sont montrés insuffisants : la partie aérienne meurt, les rhizomes repartent.

Près d'une rivière ou d'un ruisseau : aucun fragment coupé ne doit tomber dans l'eau. C'est comme ça que la plante colonise les berges sur des kilomètres. Sur ce genre de terrain, renseignez-vous auprès du syndicat de rivière de votre secteur avant d'intervenir.

Ce qui marche : l'épuiser

On ne tue pas une renouée installée, on l'épuise. Les réserves sont dans les rhizomes ; chaque fois que la plante repart et fait des feuilles, elle les puise. Si on lui retire ses feuilles assez souvent, les réserves finissent par s'épuiser. C'est une affaire d'années, pas de semaines.

Faucher, souvent, pendant plusieurs saisons

Coupez les tiges au ras du sol dès qu'elles remontent à hauteur de genou, d'avril à octobre. Au printemps, ça revient vite, souvent un passage toutes les trois ou quatre semaines. L'important est de ne jamais la laisser refaire de grandes feuilles, et de tenir le rythme plusieurs années de suite. Commencez par la périphérie du massif pour l'empêcher de s'étendre. Un débroussailleur à lame ou une cisaille, jamais un broyeur.

Arracher un jeune massif

Un massif de l'année, ou de deux ans, peut encore s'arracher : on retire la plante et la terre autour pour sortir tous les rhizomes, au moins deux fois dans la saison, et on surveille les repousses. Sur un massif ancien, c'est un chantier de terrassement, avec une terre à traiter comme un déchet.

Bâcher

Une bâche épaisse et opaque, posée après une fauche et débordant largement autour du massif, prive la plante de lumière. Elle doit rester en place longtemps, plusieurs saisons, et être surveillée : les tiges cherchent la moindre déchirure ou le bord de la bâche pour ressortir.

Replanter derrière

Une fois la renouée affaiblie, il faut occuper la place. Des arbustes locaux à croissance rapide, saules ou noisetiers, lui font de l'ombre à leur tour. C'est ce que recommande le Conservatoire botanique : favoriser une végétation indigène buissonnante ou arbustive.

Que faire des tiges coupées

  • En sacs fermés, toujours. Les fragments ne doivent pas se semer sur le trajet.
  • À la déchèterie, en signalant ce que c'est : les tiges de renouée ne doivent pas finir dans la benne de déchets verts qui part au broyage. Demandez à l'agent où les déposer.
  • Jamais au compost, ni en tas au fond du jardin près d'un fossé.
  • Pas de brûlage : c'est interdit pour les déchets verts, renouée comprise.
  • Nettoyez les outils avant d'aller faucher ailleurs, roues et lames comprises.

À retenir

  • Tiges creuses tachetées de rouge, feuilles en cœur coupé, fleurs blanches à l'automne.
  • Un fragment de 1 cm suffit à refaire un massif.
  • Jamais de broyeur, jamais de compost, jamais de terre déplacée.
  • On l'épuise : fauche fréquente d'avril à octobre, plusieurs années.
  • Jeune massif : arrachage complet avec la terre.
  • Tiges en sacs fermés, à la déchèterie, en le signalant.
  • Replanter des arbustes locaux une fois la plante affaiblie.

Un terrain repris par la renouée demande de la méthode et de la régularité. On fait ce travail de fauche et de suivi autour de Pontarlier, avec l'évacuation des tiges en sacs, sans broyage. Détail de la prestation : débroussaillage et remise en état de terrain. Si c'est le terrain d'à côté qui est envahi : terrain à l'abandon, quels recours.

Sources

  • Conservatoire botanique national de Franche-Comté – Observatoire régional des invertébrés, fiche Reynoutria japonica Houtt. — statut d'espèce envahissante majeure (liste EEE Franche-Comté, 2016), présence dans plus de 800 communes, secteurs de la moyenne vallée du Doubs et du Dessoubre, méthodes de lutte et recolonisation par une végétation indigène.
  • Bourgogne-Franche-Comté Nature, « Les renouées asiatiques, des espèces à problème », Echosciences BFC, 12 octobre 2021 — dissémination par bouturage des rhizomes, rôle des crues, déplacement de terres contaminées.
  • FREDON Bourgogne, Bulletin de santé du végétal Zones non agricoles n° 11, 4 septembre 2015 — reprise d'un fragment d'un centimètre, fauche répétée, arrachage des jeunes massifs, interdiction du gyrobroyage, déchets en sacs étanches, inefficacité des produits phytosanitaires.

Rédigé par l'équipe Hoerter Paysagiste, paysagiste à Pontarlier. Une question sur votre situation ? Écrivez-nous ou appelez le 06 84 57 70 18.