À 840 mètres, un pommier ne meurt pas de froid. Le bois supporte sans broncher des hivers à moins vingt. Ce qui manque, c'est la récolte : une gelée de mai sur des fleurs ouvertes, et l'arbre ne donne rien de l'année. Planter un fruitier dans le Haut-Doubs, c'est d'abord choisir une variété qui fleurit tard, et la mettre au bon endroit.

Le vrai ennemi : la gelée sur la fleur

Dans le Haut-Doubs, les gelées peuvent tomber de septembre jusqu'en juin certaines années. Le tronc et les branches s'en moquent. La fleur, elle, grille à quelques degrés sous zéro, et le jeune fruit juste noué encore plus facilement.

S'ajoutent deux autres soucis, moins connus. Les insectes pollinisateurs sortent peu quand il fait froid et venteux, donc une floraison pendant une semaine grise donne peu de fruits même sans gel. Et une grosse pluie pendant la floraison lave le pollen, ce que les arboriculteurs appellent la coulure.

D'où la règle qui commande tout le reste : plus une variété fleurit tard, plus elle a de chances de passer.

Quelles espèces, dans quel ordre

EspèceÀ 800-900 mPourquoi
PommierLe plus sûrFloraison assez tardive, beaucoup de variétés rustiques, pommes qui se gardent l'hiver
Cerisier, griottierBon choixFloraison relativement tardive ; craint le vent pendant la floraison
PrunierBon choixVariétés locales et pruniers de Damas ; éviter les variétés qui mûrissent trop tard
CognassierBon choixFleurit en mai, peu de risque
PoirierPossible, avec précautionFleurit tôt : choisir une variété réputée montagnarde et un emplacement abrité
Abricotier, pêcherDéconseillé en plein ventFloraison très précoce ; seulement palissé contre un mur plein sud, et sans garantie

Des variétés qui ont fait leurs preuves en altitude

Les pépinières spécialisées dans les fruitiers de montagne donnent pour chaque variété une altitude limite indicative. Ce sont des repères de vendeur, à moduler selon votre terrain, mais ils concordent avec ce qu'on voit dans les vergers du plateau.

Pommiers

  • Court-Pendu Gris : une des floraisons les plus tardives qui soient, c'est la variété de sécurité.
  • Reinette grise du Canada et Reinette blanche du Canada : vigoureuses, des pommes à cuire et à croquer qui se gardent jusqu'au printemps.
  • Rambour d'hiver, Museau de lièvre, Transparente de Croncels : des variétés anciennes, données pour 1 200 m et plus.
  • Reine des Reinettes : excellente pollinisatrice, elle sécurise la fécondation des variétés voisines.
  • Patte de loup, Reinette du Mans : des valeurs sûres jusqu'à 1 000 m environ.

Cerisiers

  • Griottier du Nord : floraison très tardive et autofertile, pour les cerises acides et les confitures.
  • Regina et Tardif de Vignola : des bigarreaux qui fleurissent tard, adaptés jusqu'à 1 000 m environ.
  • Griotte de Montmorency : autofertile, rustique.
  • La Burlat, très répandue, fleurit tôt : à réserver à un versant bien exposé au sud.

Poiriers et pruniers

Pour le poirier, le Beurré Giffard est souvent cité comme un bon montagnard. Pour le prunier, les pruniers de Damas et les variétés locales vendues par les pépinières de la région sont plus sûrs que les variétés du commerce, sélectionnées pour des climats plus doux.

Une variété seule donne peu. La plupart des pommiers et beaucoup de cerisiers ont besoin d'un autre arbre de la même espèce, qui fleurit en même temps, à proximité. Plantez par deux, ou vérifiez qu'il y a un pommier chez le voisin.

Où le planter

L'emplacement compte presque autant que la variété. Les pépiniéristes de montagne résument ça simplement : sur un versant exposé au sud, on peut monter de 200 mètres par rapport à l'altitude conseillée ; au nord, ou en fond de vallon, il faut en descendre d'autant.

  • Évitez les creux : l'air froid y coule et stagne les nuits claires. C'est là que les fleurs gèlent quand celles du haut du terrain passent.
  • Évitez les points hauts en plein vent, qui dessèchent et cassent.
  • Cherchez le plein soleil, un léger coteau, ou l'abri d'un mur exposé au sud-ouest ou d'une haie brise-vent.
  • Soignez le drainage : un fruitier n'aime pas avoir les pieds dans l'eau au dégel. Sur un sol lourd, plantez sur une légère butte.
  • Respectez les distances : un arbre qui dépassera 2 mètres doit être planté à 2 mètres au moins de la limite de propriété.

Forme et porte-greffe

Le porte-greffe décide de la vigueur de l'arbre et de sa résistance au sol. En montagne, les pépiniéristes recommandent souvent un porte-greffe vigoureux : un franc pour le pommier et le poirier sur sol pauvre et caillouteux, un merisier franc pour le cerisier. Sur sol calcaire, le MM106 tient bien pour le pommier, avec un tuteur.

Pour la forme, un demi-tige ou une basse-tige se protège, se taille et se récolte facilement. Un fruitier palissé contre un mur bien exposé gagne quelques degrés et se couvre d'un voile en une minute les nuits de gel.

Quand et comment planter

Les arbres en racines nues arrivent dans les pépinières à partir de fin novembre. À cette altitude, deux fenêtres : l'automne, avant que le sol ne gèle, si votre terre est saine et se ressuie bien ; ou le printemps, dès que la terre se travaille, dans un sol lourd ou humide. Jamais dans une terre gelée ou détrempée.

  1. Un trou large, au moins 60 cm de côté et de profondeur, la terre de surface mise de côté.
  2. Le tuteur d'abord, côté vent dominant, avant de poser l'arbre, pour ne pas blesser les racines.
  3. Le point de greffe, ce renflement à la base du tronc, reste nettement au-dessus du sol.
  4. Reboucher avec la bonne terre autour des racines, tasser au pied, arroser copieusement même s'il pleut : c'est ce qui chasse les poches d'air.
  5. Pailler le pied sur un mètre de diamètre, sans coller le paillis au tronc. Le choix du paillis est détaillé dans paillage, quel paillis choisir.
  6. Protéger le tronc avec un manchon grillagé : dans le Haut-Doubs, chevreuils et lièvres écorcent un jeune fruitier en une nuit d'hiver.

Les nuits de gel au printemps

Quand la météo annonce une gelée en pleine floraison, un voile d'hivernage posé le soir sur un petit arbre suffit souvent à sauver les fleurs. Retirez-le dans la matinée pour laisser passer les insectes. Sur un grand arbre, on ne peut rien faire, d'où l'intérêt d'avoir choisi une variété tardive dès le départ.

En hiver, un badigeon de chaux sur le tronc limite les éclatements d'écorce dus aux alternances de soleil et de gel sur les troncs exposés au sud.

À retenir

  • Le bois tient le froid, c'est la fleur qui gèle.
  • Choisir des variétés à floraison tardive : Court-Pendu Gris, Reinettes du Canada, Griottier du Nord, Tardif de Vignola…
  • Pommier en premier, cerisier et prunier ensuite, poirier avec précaution, abricotier et pêcher à éviter.
  • Planter par deux pour la pollinisation.
  • Ni dans un creux, ni en plein vent ; plein soleil, sol drainé.
  • À 2 mètres au moins de la limite de propriété.
  • Point de greffe hors du sol, tuteur, paillage, manchon contre les chevreuils.

La préparation du sol, la plantation des fruitiers et des haies, puis la taille les années suivantes : on s'en occupe à Pontarlier et dans le Haut-Doubs. Pour un vieux fruitier à remettre en forme, voir élagage et taille d'arbres ; pour une plantation, le détail de la prestation massifs, plantation et engazonnement.

Sources

  • Gamm vert, « Quel arbre fruitier planter en altitude ? » — espèces adaptées jusqu'à 1 000 m, risque de gel sur les fleurs, conditions de pollinisation, coulure, choix de l'emplacement, porte-greffes selon le sol, chaulage des troncs, voile d'hivernage, plantation en butte.
  • Pépinière des Fruitiers, pages « Pommiers d'altitude » et « Cerisiers de montagne » — variétés et altitudes limites indicatives (données du vendeur), correction de 200 m selon l'exposition, recommandation du merisier franc en zone de montagne.
  • Code civil, article 671 — distance de 2 mètres pour les plantations destinées à dépasser 2 mètres de hauteur.

Rédigé par l'équipe Hoerter Paysagiste, paysagiste à Pontarlier. Une question sur votre situation ? Écrivez-nous ou appelez le 06 84 57 70 18.